Dimanche matin le 11 octobre, je me réveille au beau milieu d'un sous-bois à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Comme à chaque matin dans ma tente, il me prend un petit instant pour réaliser où je suis. Recouvert jusqu'au coup dans mon sac de couchage, je suis trop à l'aise dans ce petit confort rudimentaire. Et pour la dernière fois, je décide de sortir de mon cocon et de plier sac à couchage et oreiller. J'ai répété les mêmes gestes durant tout l'été et ce matin j'ai l'impression que c'est maintenant rendu un réflexe de plier, comprimer et ranger mon sac de couchage, de passer au vestiaire enfiler mes vêtements de cycliste, de sortir mes bagages à l'extérieur, de plier, ranger ma tente dans son sac et finalement de tout placer sur ma monture. Top chrono à 30 minutes et il est 8h50. Pour dire qu'au début cela me prenait un bon 1h30 à tout ranger et être prêt à partir. Je déplie ma carte et je mets en marche mon GPS pour bien confirmer la route planifiée la veille avant de m'endormir.
Je suis prêt à partir. Je jette un dernier coup d'oeil où j'ai campé pour m'assurer que j'ai rien oublié et de n'avoir laissé aucun déchet. On peut facilement apercevoir l'herbe et la végétation écrasée par la présence de mon passage. Je sors de ma cachette avec discrétion et ça y est, une autre journée sur la route et la dernière de mon voyage autour de l'Europe. Il fait gris et il y a un léger brouillard à l'horizon. Tout est calme en ce dimanche matin. Le silence est percé par les chants des coqs des fermes avoisinantes. Quelques voitures me dépassent lentement, comme des milliers d'autres au courant des derniers mois. Je pense à me réapprovisionner en eau et en nourriture fraîche. A peine 10 km de fait, je traverse le jolie village de Verberie et je pose mon vélo contre le mur extérieur d'une boulangerie pour acheter mon péché mignon (pain au chocolat ou aussi nommé chocolatine) et une baguette. De l'autre côté de la rue, une charcuterie m'attire et j'y achète saucisson artisanal ainsi que deux quiches pour dîner. Je comme la discussion avec le boucher et je lui demande le meilleur chemin pour me rendre à ma destination finale. Un autre client entre dans l'établissement et le boucher dit tout fort à celui-ci: "Ce monsieur vient du Québec et il en est à sa dernière étape du tour d'Europe!". Je ne l'avais pas vue ainsi que on voyage pouvait être une succession d'étapes mais ça me plait bien.
Plus mon compteur accumule les kilomètres, plus les arbres et la végétation se font rare et laissent place aux immeubles et aux structure en béton. C'est signe que j'approche de la ville lumière. Je zigzag à travers une circulation relativement calme et je réussi en milieu d'après-midi d'arriver au pied de la tour Eiffel. Mission accomplie! J'ai réalisé mon rêve: faire à vélo le tour des plus grandes villes, des plus beaux paysages et villages d'Europe. Je prends une dernière gorgée dans ma gourde "Isolated Ice" et je me dégourdi les mollets. Je retire mon casque de vélo et je regarde autour de moi. Plusieurs touristes déambulent sur Champs-de-Mars armées de leur guide et de leur caméra. Moi je suis là au milieu, essayant de contenir ma joie et déçu de ne pas partager ce moment spécial avec quelqu'un. J'interpelle un inconnu et je lui demande s'il peut me prendre en photo avec la tour de fer pour immortaliser ce moment. Il ne sait pas à quel point cette photo sera importante pour moi.
Présentement je suis chez une amie. J'ai donc quelques jours avant mon avion de visiter la ville de Paris et de préparer mes bagages pour mon prochain voyage, celui de la vie normale.
Prologue, statistiques et faits divers à venir...